Rencontre avec le Père Ceyrac (extrait de mon journal)

“Il est temps maintenant que je revienne sur un personnage de notre voyage. C’est l’un des plus grands, même si la compétition est ici hors de propos. C’est du Père Ceyrac que je veux que votre âme et votre cœur frissonnent de concert. Père Pierre Ceyrac, en Inde depuis 50 ans est un homme au regard profond, au sourire généreux. C’est un Juste, c’est un Sage, le roi de l’humilité, même si par essence elle ne peut pas en avoir. Il nous répète qu’il n’a rien fait, que ce sont les autres qui s’occupent, gèrent, habillent, logent, nourrissent, éduquent les milliers d’enfants dont il est le merveilleux papa. Il est là, à nos côtés, nous de jeunes filles, aussi banales que fréquentes. Il prend le temps si précieux pour nous parler d’un ton juste et réaliste de ce pays aux mille paradoxes ; des femmes qu’il respecte, aime, qui travaillent dès cinq heures du matin, cherchent l’eau, lessivent, frottent, cuisinent pour la famille, travaillent sur les chantiers. “Elles sauveront l’Inde”. Elles seules. Elles qui ne connaissent ni amour, ni plaisir, ni loisir, ni sentiment, ni amitié, ni tendresse, ni attention : elles sont là, très fortes. Même si les suicides restent importants, toujours trop : ils déciment. Il parle de l’inégal, de l’injuste, de l’insoutenable, de l’impossible avenir, d’une révolution mondiale des pauvres sur les riches. Il faut partager, c’est simple, c’est essentiel. Ca ne continuera pas ainsi. Parole du Père. Il a confié à une jeune indienne de 19 ans toute la responsabilité de la comptabilité. Elle parcoure, joyeuse et responsable les trois heures de route pour se rendre à Madras, chaque jour. Humidité des yeux, des siens, des nôtres. Il nous emmène en « ambassador » à l’inauguration d’un point Cœur : des jeunes filles françaises catholiques parties en Inde un an pour construire une maison, afin d’accueillir des indiens démunis. Anonymement il béni la maison, l’admire, célèbre une messe épurée et simple : le coeur y est. Sincère. Touchant l’émotion. Poigne. Il est au-delà de tout « cancan » religieux, au dessus de toute pratique. Son sermon est sa parole improvisée ( si juste !). Elle ne pouvait être mieux. Dans son livre, Pèlerins des frontières, il réunit la religion catholique à l’Hindouisme. Nous sommes tout petit. Il est un très grand monsieur. Sa vie qui n’est pas finie est grande, forte, belle histoire. Soeur Andréa de Pondichéry nous racontera plus tard qu’elle l’avait vu la première fois à Madras en train de pousser un rickshaw lourd de bananes, pour aider, spontanément. Il a franchi nombre de barrières, construit une solide bâtisse, à la force de tout ce qu’il reçoit, nous dit-il à voix basse. Une énergie, une foi, en l’homme, la vie, le mystère, que je respecte, j’envie, j’espère. Notre rencontre remonte à Madras, il y a plus d’un an, mais son esprit nous accompagne depuis.”


Fleur Martin Laprade et Marie Simonnot (en Inde entre janvier et juillet 2000)

 


 

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